Hérouxville

par JOACHIM LAMBERT, le 31 janvier 2007


Que signifie le code de vie, les normes de vie adoptées par les conseillers municipaux de Hérouxville en Mauricie? Essentiellement, que disent-ils aux immigrants? Leur message le voici: «Oui à l’intégration, non au multiculturalisme!». Les Frankois veulent s’assurer que les gens qui viennent ici veulent vivre comme nous. Le peuple se dit ceci: si les gens désirent abandonner leur pays, c’est parce qu’il ne leur convient plus. Alors pourquoi vouloir changer le nôtre afin de le rendre pareil à ce qu’ils ont quitté? Or, il faut s’en rendre compte, cette pensée est antimulticulturaliste. Et, bien sûr, cela n’a aucun rapport avec le racisme qui, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale 1939-1945, inclut dans sa définition la notion de haine. Ethnocentrique direz-vous? Et pourquoi pas? La société américaine existerait-elle si les Anglo-Saxons n’avaient pas été ethnocentriques? Et la France? Conservation et survivance voilà les mots-clés. Les peuples les uns à côté des autres et non pas mêlés les uns avec les autres. Car, si tel était le cas, le multiculturalisme tant vanté comme idéologie de progrès pour l’humanité, ne pourrait même pas exister!

La population de Hérouxville a tout simplement osé dire tout haut ce que la majorité des Frankois partout au Québec pensait tout bas jusqu’à aujourd’hui et qui, heureusement, le dit maintenant de plus en plus fort, à savoir que les Frankois (les Québécois-Français) veulent l’intégration des immigrants et rejettent le multiculturalisme canadian et son pendant québécois, l’interculturalisme, qui, dans les faits, n’est que la version française du multiculturalisme canadian.

Contrairement à ce que promulgue monsieur Julius Grey, avocat, les accommodements raisonnables ne favorisent pas l’intégration mais plutôt l’implantation et la lutte de plusieurs cultures pour survivre en territoire étranger. Selon David Rome, un Juif québécois qui était originaire de Lituanie et qui a publié plus de 70 ouvrages sur l’histoire commune des Juifs et des Canadiens-Français, «Quand vous laissez entrer des gens, tôt ou tard, ils veulent aussi poser leurs propres règles». Nous sommes en présence ici d’une loi fondamentale en psychologie des groupes dont toute collectivité d’accueil doit tenir compte si elle veut s’éviter des problèmes sociaux. Avec et grâce au multiculturalisme, c’est exactement ce que les accommodements raisonnables visent à faire: encourager les immigrants à poser leurs propres règles. À partir de ce moment, les invités cherchent à devenir les maîtres du logis en dictant leur volonté au nom des droits de la personne parce qu’ils ne consentent plus à ce que leur appartenance ethnique et culturelle ne soit pas déterminante dans leur nouveau pays. Au nom des droits de la personne, la cour suprême du Canada donne de plus en plus de droits aux communautés culturelles, et ceci au détriment de la société d’accueil frankoise du Québec qui s’aperçoit maintenant, la dénatalité aidant, qu’elle est sur la voie de la disparition. Les accommodements raisonnables, ce n’est pas de l’amour, mais de l’indulgence malsaine qui conduit à moyen et long terme au chaos ethnique, c’est la tour de Babel multiculturelle.

Actuellement, l’Europe est un exemple vivant de cette réalité qui conduit inévitablement aux affrontements. Et en ce qui nous concerne, pensez-y, depuis dix ans le Québec a accueilli 700 000 immigrants: 700 000, ce n’est pas rien! Comment pouvons-nous croire que tout ce beau monde ait pu s’intégré en si peu de temps dans notre petite société de 7 millions d’habitants? Impossible. En 2007, 48 000 autres immigrants doivent venir s’établir au Québec. Et tout ceci, selon le credo de notre élite bien pensante, devrait permettre à la nation frankoise de survivre? Impossible. Mais comment ces centaines de milliers d’immigrants absolument pas intégrés et qui ne sont pas encouragés à le faire à cause des accommodements raisonnables, peuvent-ils perpétuer notre culture et nous permettre de survivre en tant que nation ethnique et culturelle? Impossible.

Depuis la Conquête britannique, les Anglais ont toujours privilégié l’immigration pour nous assimiler. Peuple conquis et inféodé à un gouvernement étranger dans le cadre d’une province dont Ottawa a pris la relève de juridiction, les assauts juridiques pour nous contenir n’en finissent plus. Sur le plan sociologique, le multiculturalisme n’est que le prolongement du rapport Durham qui, en 1838, recommandait aux Canadiens-Français, (et cela dans leur propre intérêt disait-il), de se laisser assimiler par la glorieuse culture anglo-saxonne.

Or, il y a deux façons d’envahir un pays: 1. par l’invasion militaire, et 2. par ce que les ethnologues appellent l’invasion interstitielle, c’est-à-dire l’insertion pacifique d’étrangers dans un corps social donné, soit l’immigration. Mon peuple a été soumis aux deux invasions. Sur le plan international, regardez le Tibet. Lui aussi a été envahit. Les Chinois l’ont envahit militairement et ensuite, l’ont envahit en les submergeant de Chinois. Aujourd’hui, le Tibet des Tibétains n’existe plus. Les Tibétains sont devenus minoritaires dans leur propre pays sans espoir de reconquête car il est trop tard. Comme les Tibétains, les Frankois sont aujourd’hui en mode génocidaire doux: petit à petit, lentement mais sûrement nous disparaissons, comme si de rien n’était. Montréal est déjà conquis. L’effondrement de la Concorde est non pas à venir, il est là. Alarmiste je suis? Vous m’en reparlerez dans quelque temps.

Hérouxville est un signal parmi d’autres directement en rapport avec notre survivance (n’ayons pas peur des mots) ethnique; bien sûr, si celle-ci nous intéresse encore. Comme Mario Roy l’a écrit dans La Presse du 10 janvier 2007:

«Le Québec expérimente, aujourd’hui, ce que d’autres nations ont expérimenté, hier. C’est-à-dire l’accueil d’une immigration qui n’est pas de souche européenne et judéo-chrétienne, porteuse d’un bagage culturel distinct se fondant avec difficulté dans le décor. Or, à partir d’une certaine masse critique de fibres nouvelles, le tissu social se met à craquer: c’est une fatalité qu’il est futile et dangereux de nier.»

Encore une fois, comme souvent au Québec (pour ne pas dire toujours), l’élite sociale, politique, intellectuelle (appelez-la comme vous voulez), est en porte-à-faux avec le peuple. La coupure est patente! Alors que des milliers de courriels sont favorables à la prise de position des braves gens de Hérouxville et de leur franc-parler, pour cette élite à l’intellect tellement développé qu’elle ne voit plus rien, Hérouxville est synonyme d’intolérance, de rural, de pensée inadéquate, de négatif, de naïf, de grotesque, de surréaliste, etc. Non mais, faut-il être méprisant envers son propre peuple pour penser ainsi! Honte à eux!

Au nom de la survivance frankoise: intégration, oui, multiculturalisme, non!