Le port du kirpan dans les écoles du Québec

par JOACHIM LAMBERT,

le 5 mars 2006 (mise à jour le 25 juillet 2009)


Tolérance, tolérance, quand tu nous tiens! Le jeune sikh Singh Multani pourra porter son kirpan à l’école. Ainsi en a décidé la Cour suprême du Canada, permettant ainsi aux enfants des 8,000 sikhs du Québec d’en faire autant. Par exemple, pour Satdeep Singh qui fréquente une école francophone publique, le jeune Multani est un héros. Avant le jugement de la Cour suprême, il devait enlever son kirpan en partant pour l’école et le remettre en revenant à la maison; dorénavant, il ne compte plus se départir de son poignard: «Ça va être mieux pour ma religion», dit-il.

La religion est avant tout une question de conscience personnelle qui, de nos jours, contexte oblige, devrait se manifester seulement à la maison et dans les lieux de culte.

«Étant moi-même immigrant d’origine africaine, je trouve inacceptable une telle décision! Certes, chacun a le droit de pratiquer sa religion et de manifester ses croyances d’une manière ou d’une autre, mais cela a des limites. Cette décision est vraiment ridicule. Après, on s’étonne qu’il y ait du racisme»(1).

1. O. Ouattara.

L’école devrait être «un endroit d’apprentissage et non un lieu de promotion des religions. Ça vaut autant pour les catholiques que pour les protestants, les musulmans, les juifs, les sikhs, les hindous, les bouddhistes, les shintoïstes, les raéliens et les autres»(2).

2. Patrice Saucier.

Aujourd’hui, «nous n’avons pas le droit d’être catholiques dans les écoles du Québec, mais nous pouvons nous promener avec un couteau. Où est la logique? Nous devons nous conformer aux règlements des autres pays lorsque nous y sommes visiteurs, mais nous ne pouvons pas faire respecter nos propres valeurs dans notre pays»(3), nous ajouterons notre pays qui est le Québec à 82% Frankois, c’est-à-dire Québécois-Français.

3. Natacha Raphaël.

«Je n’en reviens tout simplement pas! Le travail m’a emmenée en Inde où j’ai passé près d’une année. Lors d’une ballade en voiture dans le quartier musulman de Charminar, j’ai voulu descendre de la voiture pour me promener et mon chauffeur me l’a tout simplement interdit. Je portais un bermuda et une camisole. J’étais dans un autre pays, j’ai alors respecté leur us, coutumes et religion. Pourquoi ici c’est nous qui devons plier?»(4)

4. Andrée Pelletier.

Eh bien, chère madame, nous devons plier à cause de la politique du multiculturalisme canadian et québécois. Voilà pourquoi. Pour les multiculturalistes,

«le Québec et le Canada se construisent avec les immigrants, pas en leur demandant de renier ce qu’ils sont. La société qui se construit ainsi est la leur comme la nôtre. Elle est riche de cette pluralité quand des droits et des devoirs égaux pour tous prévalent»(5).

5. Edmond Bille.

Or, ce n’est pas vrai qu’il y a des droits et des devoirs égaux pour tous au Québec; le multiculturalisme se fait au détriment de la majorité québécoise-française. Et par toute sortes d’entourloupettes intellectuelles les Frankois sont maintenant convaincus qu’ils doivent se nier eux-mêmes pour être respecté des autres. Mais comment les autres peuvent-ils respecter un peuple qui ne se respecte même pas lui-même et qui recherche l’approbation de tous à tout prix pour avancer? Dans la vie, on ne respecte que ceux qui se respectent eux-mêmes; ainsi en est-il aussi des peuples.

Selon David Rome, un Juif québécois originaire de Lituanie qui a publié plus de 70 ouvrages sur l’histoire commune des Juifs et des Canadiens-Français, «Quand vous laissez entrer des gens, tôt ou tard, ils veulent aussi poser leurs propres règles»(6), ceci est une loi historique incontournable de la psychologie des groupes et des peuples, loi naturelle dont le multiculturalisme fait fi de nos jours.

6. L’Actualité, avril 1988.

Ainsi, bien que le catholicisme et le protestantisme sortiront définitivement de l’école publique en 2008 et que réciter une prière avant la classe ou avant les travaux d’un conseil municipal est interdit parce que inconstitutionnel, il est maintenant acceptable, au nom de l’accommodement raisonnable, de permettre à un enfant de porter une arme blanche à l’école (qui à ses yeux est un symbole religieux) et il deviendrait acceptable d’adapter le calendrier scolaire aux fêtes religieuses des minorités en accordant des dispenses pour ces fêtes.

Le 11 septembre 2008, un adolescent sikh de 13 ans s’en serait pris à deux élèves dans la cour de son école, la polyvalente Cavelier-de-LaSalle. Il aurait pointé en leur direction son kirpan, sorti de son étui de tissu, et agité la longue aiguille servant à tenir ses cheveux. Accusé de voies de fait, il subit un procès devant la chambre de la jeunesse de la Cour du Québec, à Montréal, procès qu’il gagna. Il fut alors déclaré coupable d’agression armée avec l’aiguille à cheveux, mais acquitté d’agression armée avec son kirpan parce qu’il ne l’aurait pas sorti de son fourreau. Puisque qu’il a été interdit au jeune sikh d’entrer en contact avec les plaignants, il fut suspendu de l’école, mais l’école continua de lui envoyer les plans de travail ainsi que des enseignants à la maison afin de ne pas nuire à son cheminement scolaire. À la suite de son arrestation, son avocat, Me Julius Grey, qui avait auparavant défendu la cause du port du kirpan à l’école en Cour suprême du Canada, s’était dit choqué de l’existence même de la cause. Selon lui, il ne s’est rien passé d’autre qu'une banale dispute(7). En 2006, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois (CSMB) n’avait pu prouver devant la Cour suprême du Canada que le kirpan portait atteinte à la sécurité. En conséquence, le jugement du plus haut tribunal du pays canadien affirma qu’on ne pouvait interdire un tel objet en classe. Le 2 mars 2006, la Cour suprême du Canada trancha en faveur du port du kirpan dans les écoles pour les élèves sikhs, estimant que la liberté religieuse primait sur les menaces à la sécurité collective.

7. Le Devoir, 30 octobre 2008.

«Paradoxalement, après avoir demandé l’abolition des pratiques majoritaires en invoquant leur liberté de religion, les minorités invoquent cette même liberté pour obtenir l’autorisation de leurs propres pratiques»(8).

8. José Woehrling.

Sur le plan civil, il est permis aux sikhs de porter leur couteau de vingt centimètres à l’école, mais pas dans une cour de justice, en prison ou en avion. Que dis-je, cela est faux pour la cour de justice puisque cette semaine, à la Cour suprême, les sikhs qui se sont présentés ont été autorisés à ne pas se soumettre au système de sécurité à travers lequel passent tous les visiteurs. Deux poids, deux mesures.

Ce que le multiculturalisme canadian veut, c’est éliminer toute pression assimilationniste pour les immigrants et en remettre tout le fardeau sur les épaules des Frankois; faire en sorte que les Frankois «prennent leur trou» afin, qu’à long terme, nous disparaissions. Déduction sacrilège! Et cela, personne ne veut publiquement en convenir. C’est à la société d’accueil frankoise de s’adapter aux immigrants et cela au nom de la justice pour tous, comme si au Québec, actuellement, tous les citoyens de notre État n’étaient pas égaux devant la loi. Et tous les moyens sont bons pour que nous nous sentions coupables:

«Les tribunaux marchent sur des œufs, les politiciens retrouvent facilement la langue de bois et les compréhensifs jusqu’à plus soif brandissent le spectre de l’exclusion et du racisme envers ceux qui ne sont pas nous, ce nous haïssable, menaçant et intolérant qu’on appelle la majorité silencieuse»(9).

9. Denise Bombardier (1941 -...), animatrice de diverses émissions de télévision à radio-Canada, romancière et essayiste née à Montréal, docteure en sociologie de l'Université de la Sorbonne en France (1974).

Les compréhensifs, se sont les partisans aveugles du multiculturalisme, c’est-à-dire les fédéralistes canadians et les pseudo-nationalistes du Bloc québécois et du Parti québécois; la majorité silencieuse, ce sont les Frankois, les Québécois-Français, que la gente journalistique n’ose pas nommer par son nom.

Nous disons bien que tous les moyens sont bons pour nous faire taire, même le chantage socio-affectif. En conférence de presse, le jeune Multani, a dit: «J’aimais l’apprentissage du français, mais cette affaire m’en a empêché». Il a dû s’inscrire à une école privée anglophone où le kirpan était accepté. «Maintenant que nous avons gagné cette cause, les jeunes sikhs comme moi n’auront plus de problèmes. Ils pourront apprendre le français», a-t-il ajouté. Ainsi, s’il n’apprenait plus le français, c’était à cause de nous. Les immigrants veulent s’intégrer, nous disent-ils, mais à leurs conditions et leurs conditions reçoivent une légitimité juridique et sociale grâce à la politique multiculturelle canadian. C’est le monde à l’envers que l’on cherche à nous entrer de force dans la tête comme étant tout à fait normal et évolué.

Par le passé, la France a joué la carte de l’accommodement raisonnable pour vite s’apercevoir que le droit à la différence est loin de mener à l’intégration. Voilà pourquoi la commission Stasi a réaffirmé la nécessité de bannir de l’espace public tout signe religieux visible, qu’il soit juif, musulman, catholique, protestant ou autre: «Des difficultés inédites et de plus en plus nombreuses ont surgi. Elles témoignent que l’exigence laïque, dans les services publics, notamment à l’école et dans le monde du travail, est affaiblie par des revendications tentant de faire prévaloir des convictions communautaires sur les règles générales». Lorsque la commission parle de «convictions communautaires», elle entend les valeurs des communautés ethniques installées sur son territoire qui, avec le temps et par la force des choses, sont devenues socialement ingérables.

Pour ceux qui craignent que l’avenir collectif ne devienne une addition d’avenirs individuels, détrompez-vous! Ces droits individuels gagnés au cas par cas sont bel et bien des droits collectifs. Les droits individuels des communautés ethniques sont un leurre et une aberration intellectuelle que contredit l’expérience vécue personnelle journalière. Si l’on veut être lucide, ce dont il est question ici, c’est des droits collectifs des communautés ethniques versus les droits collectifs des Frankois. Et ces droits collectifs des minorités heurtent de plein fouet les valeurs de la société d’accueil qui, historiquement (et nous n’avons pas à nous en excuser), est majoritairement frankoise. Ils favorisent au sein de notre société le maintien de valeurs communautaires et de pratiques traditionnelles souvent incompatibles, au détriment de ce que nous sommes. Le multiculturalisme, ce n’est pas l’enrichissement, c’est le chaos!

Le jugement de la Cour suprême est «un jugement de tolérance qui risque d’entraîner le contraire. Il y avait consensus quasi unanime quant à la nécessité de prohiber les armes dans nos écoles. Et le kirpan en est une! Mais il a suffit de quelques intolérants ne pouvant s’intégrer à la société québécoise pour ouvrir un débat qui risque d’augmenter l’intolérance. En effet, ce ne sont pas les Québécois qui sont intolérants, mais bien ceux qui refusent de s’intégrer à cette société tolérante»(10).

10. François Paquet.

Avec ce jugement de la Cour suprême, le Québec est encore un peu plus inféodé. Plus les jours avancent et plus nous perdons le contrôle sur ce que nous sommes et voulons être: un sondage de la firme Repère indique que six québécois sur dix sont contre le port des signes religieux dans les écoles publiques. Avec la victoire des sikhs, rien n’empêche désormais les musulmans d’invoquer les principes du jugement pour réclamer le port du tchador dans les classes. La porte est maintenant grande ouverte aux droits collectifs ethniques au Québec.

Nous sommes dans notre maison, mais les invités veulent imposer leurs propres règles au maître de la maison parce qu’ils les jugent discriminatoires. Alors pourquoi viennent-ils habiter avec nous? D’un côté il y a ceux qui disent que les minorités devraient épouser les us et coutumes du pays, et nous sommes de ce lot, et de l’autre, ceux qui prônent le droit à la différence au nom, justement, de l’intégration. Deux mondes, deux visions. Lequel des deux l’emportera?

Présentement, l’idéologie en vogue qui fait des ravages depuis Trudeau, c’est le multiculturalisme. Il est grandement temps qu’un Parti national conservateur voit le jour au Québec!