La reconnaissance de la nation québécoise par le gouvernement canadien

par JOACHIM LAMBERT, le 27 novembre 2006


Dans sa chronique du samedi 25 novembre 2006 dans le quotidien La Presse, Lysiane Gagnon a vu juste sur la signification à donner à la motion du Premier ministre conservateur Stephen Harper sur la reconnaissance de la nation québécoise.

Ce que reconnaît cette résolution, ce n’est pas la nation civique québécoise si chère à nos néo-(anti)nationalistes québécois, c’est la nation frankoise, c’est-à-dire la nation canadienne d’origine(1) maintenant faussement appelée québécoise. Voici donc, ici reproduit, les parties les plus importantes de cet article qui est d’une perspicacité exemplaire sur la portée sémantique et politique de la motion Harper.

1. C'est-à-dire les Canadiens du premier Canada, celui de la Nouvelle-France.

«Premièrement, écrit-elle, la résolution parle non pas du Québec, mais des Québécois et des Québécoises. La distinction est capitale : on ne réfère ni à l’entité politique du Québec, ni à la province, ni à ses institutions, mais à des individus. Deuxièmement, le texte anglais parle non pas des Quebeckers, mais des Québécois. Si monsieur Harper avait voulu désigner tous les résidents du Québec, il aurait utilisé le mot Quebecker. Pourquoi ce mot français incongru dans un texte anglais? La raison est évidente, continue-t-elle à écrire. C’est que dans la langue populaire, le mot Québécois en est venu à désigner les Canadiens français, ce vieux peuple qui a perdu son nom quelque part durant les années 1970. Quand les anglophones parlent des francophones de vieille souche, ils utilisent le mot Québécois plutôt que Quebecker. Ce dernier mot est réservé aux questions d’ordre institutionnel: les Quebeckers ont en commun la carte de l’assurance maladie, le permis de conduire, le droit de vote au provincial, etc. Mais quand un anglophone veut désigner un Canadien français, il utilise le mot français

«C’est donc sur cette confusion sémantique que M. Harper a joué pour réduire la portée de sa résolution. La nuance a échappé a presque tous les commentateurs, qui se sont réjouis trop vite (ou on trop vite crié au meurtre).»

«Cette résolution n’englobe pas les minorités québécoises, qui d’ailleurs ne se considèrent pas membres d’une nation québécoise. Elle ne donne aucun statut particulier au Québec comme province. Elle s’inscrit en droite ligne dans la thèse des deux nations […] D’ailleurs, les déclarations de M. Harper sont sans équivoque. En évoquant une communauté liée non pas seulement par la langue mais par une histoire de près de 400 ans, en mentionnant l’épopée de Champlain, il est clair que la nation dont parle M. Harper est celle que forment les descendants des colons de la Nouvelle-France (à laquelle, bien sûr, se sont intégrés des individus d’autres souches, par mariage ou par choix). Le problème conceptuel de cette résolution est d’ignorer les minorités françaises des autres provinces, qui font elles aussi partie de la nation canadienne-française.»

Et comme le mentionne G. Faille dans La boîte aux lettres, le 25 novembre 2006 dans le journal La Presse «Les Canadiens français doivent être malheureux de constater qu’ils ne sont pas mentionnés dans cette motion!».

«Cette confusion entre Québécois et Canadiens français, continue Madame Gagnon, c’est la confiscation par le groupe ethnique majoritaire (nous dirons plutôt par l’élite néonationaliste québécoise atteinte de courbature politique(2)), d’un vocable censé désigner indistinctement tous les résidents du Québec. Mais c’est aussi le retour du refoulé. En bannissant, pour des raisons stratégiques, les mots Canadiens français du vocabulaire usuel, les souverainistes ont fait qu’un peuple de sept millions d’habitants (le plus ancien d’origine européenne au nord du continent) a perdu son nom, du moins au Québec.»

2. La parenthèse est de nous.

«L’expression francophone est inadéquate car elle désigne tout autant les Marocains et les Haïtiens dont le français est la langue maternelle. Idem pour l’expression Québécois de vieille souche, qui s’applique tout autant à la vieille minorité anglophone du Québec. Pour être exact, il faudrait parler des Québécois francophones de vieille souche. C’est trop long. Donc on dit Québécois, dans le sens ethnique du mot.»

Ce que dit Madame Gagnon est vrai, c'est trop long et c'est une erreur qu'il ne faut plus perpétuer. Pour être exact, et pour faire la différence entre l’identité civique intellectuelle artificielle et l’identité intuitive d’appartenance à une nation aux fondements historiques, il faut parler des Frankois(3). Point à la ligne.

3. Voir l'article Qui sont les Frankois?

Dans sa motion de reconnaissance de la nation québécoise, Monsieur Harper fait clairement référence aux Frankois. Et il en est bien ainsi.