Le fleurdelisé à croix d'or,
le drapeau frankois

par JOACHIM LAMBERT

Origine et histoire du fleurdelisé

Le drapeau du Québec
Le drapeau du Québec

Un drapeau, c’est un symbole, l’image de la patrie. Signe de ralliement, il regroupe les forces vives de la nation autour d’un projet collectif. Voici donc la petite histoire du fleurdelisé.


L’origine du fleurdelisé remonte à la découverte du (premier) Canada. En 1534, à Gaspé, Jacques Cartier plantait une croix portant l’écu de France: trois fleurs de lys d’or sur champ azur. En 1608, Samuel de Champlain arborait aux mâts de ses voiliers un pavillon à croix blanche sur fond bleu. Les bâtisseurs de la Nouvelle-France (le premier Canada) arboraient à la fois le pavillon blanc du roi de France et les armes de la France «d’azur à trois fleurs de lys d’or». Ces emblèmes étaient hissés sur tous les forts et postes qu’ils occupaient, de l’Acadie aux montagnes Rocheuses et de la Baie d’Hudson au golfe du Mexique.

C’est toutefois la bannière de Carillon qui a marqué d’une empreinte ineffaçable le drapeau fleurdelisé. Elle était le signe de ralliement du régiment de Montcalm(1). Sur fond bleu ciel, elle revêt au centre l’écu de France et dans les coins quatre fleurs de lys d’argent.

1. Lors de la bataille de Carillon, seule unité protestante française venue en Nouvelle-France. Carillon est le site de l’une des batailles de la Guerre de Sept Ans gagnée par les Français, dirigés par le général Montcalm, sur les Anglais commandés par le général Abercromby. La Guerre de Sept Ans qui se déroula de 1756 à 1763, est la première guerre à l’échelle mondiale et oppose la Grande-Bretagne, la Prusse et le Hanovre à la France, l’Autriche, la Suède, la Saxe, la Russie et l’Espagne. La guerre se termine par le Traité de Paris de 1763 où les Français perdent toutes leurs colonies d’Amérique à l’exception de la Martinique, de la Guadeloupe et des îles Saint-Pierre-et-Miquelon.

Après la Conquête (britannique de la Nouvelle-France) et jusqu’au début du XXe siècle, le peuple canadien-français arbore une multitude d’étendards aux jours de fête. Il pavoise avec les drapeaux de la Grande-Bretagne, de la France, des États-Unis et avec les armoiries du pape, des Zouaves(2), des villes, etc. Pendant quelques années, les Patriotes(3) ont arboré un drapeau tricolore. Ils avaient disposé en bandes horizontales les couleurs vert, blanc et rouge. Cet étendard était hissé en 1838, lors de la proclamation de la république du Québec par le Dr Robert Nelson. Il était le signe de ralliement dans les batailles de Saint-Denis, Saint-Charles-sur-Richelieu et Saint-Eustache [...]

2. Corps d’infanterie français fondé en 1831 en Algérie auquel Pie IX fit appel pour résister aux Garibaldiens désirant refaire l’unité de l’Italie. En 1868, 135 Canadiens-Français volontaires s’embarqueront pour l’Italie et ne reviendront qu’en 1871.

3. Nom donné à ceux qui ont participés aux insurrections armées de 1837-1838 dans le Bas-Canada (qui redeviendra plus tard, une deuxième fois, la Province of Québec).

Ce n’est qu’en septembre 1902 que la flamme du drapeau s’élève pour ne plus jamais s’éteindre. L’abbé Elphège Filiatrault, curé de Saint-Jude en banlieue de Saint-Hyacinthe, a confectionné un drapeau qu’il hisse sur son presbytère et qu’il propose comme drapeau national des Canadiens-Français. Quatre fleurs de lys sont inclinés vers le centre et reposent sur un champ bleu traversé d’une croix blanche. Le bleu et les fleurs de lys rappellent le drapeau de Carillon. La croix blanche évoque celle qui figurait jadis dans le pavillon de la marine française.

Le 24 mars 1903, un comité de la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Sauveur, présidé par Télesphore Verret, ajoute, au centre du drapeau (d’Elphège Filiatrault), l’image du Sacré-Cœur (de Jésus) entouré de feuilles d’érable. C’est le début d’une controverse qui durera une trentaine d’années. Le Carillon-Sacré-Cœur reçoit un accueil triomphal. Il flotte sur nos principaux hôtels de ville, sur certains évêchés et même sur le parlement provincial. Dans toutes les fêtes nationales et religieuses, les foules le déploient.

Le 17 juin 1923, lors du dévoilement du monument Taschereau à Québec(4), il est le premier drapeau déployé dans l’azur, à six heures du soir, au moyen de pièces pyrotechniques. Mais plusieurs mouvements s’opposent à la présence d’une image religieuse dans un drapeau national. Néanmoins, le symboles étrangers sont de plus en plus bannis des pavoisements populaires. Les couleurs de Carillon tiennent partout la haute place au Canada français.

4. Il s’agit ici du monument érigé en l’honneur du premier cardinal canadien, le cardinal Taschereau, à l’endroit même où la première église paroissiale fut construite, à Québec, en 1647. Le monument fut dévoilé devant une foule de 30 000 personnes.

En janvier 1935, L’Action nationale sonne le clairon. L’éditorial de la revue juge que l’on a «mal nommé ce drapeau en l’appelant Carillon-Sacré-Cœur» ... Et l’éditorialiste demande à tous ceux qui lui font confiance de le suivre sur ce terrain. «Qu’ils se fassent les apôtres de ce drapeau, le drapeau national des Canadiens-Français. Ne lui donnons donc pas d’autre nom».

Dans l’Ordre de Jacques-Cartier(5), on utilisera désormais le mot fleurdelisé pour désigner ce drapeau (c’est-à-dire le Carillon-Sacré-Cœur). Un comité de propagande dirigé par MM. Orphir Robert et Michel Robillard, et plus tard par moi-même (l’auteur de cet article, R. Morin), entreprit la diffusion du drapeau aux quatre coins de la province(6).

5. La société secrète nommée Ordre de Jacques-Cartier (1929-1962). S’estimant constamment freinés dans leurs promotions dans la fonction publique du gouvernement fédéral par l’influence occulte des loges maçonniques anglo-saxonnes, de jeunes fonctionnaires canadiens-français fondent, en 1929, une société secrète calquée sur la franc-maçonnerie britannique et utilisant les mêmes méthodes de solidarité de groupe. Cette organisation était aussi nommée La Patente et cessa ses activités en 1962.

6. R. MORIN, «Le drapeau des Canadiens-Français est devenu le drapeau du Québec», éditorial dans L’Action nationale, juin 1994, p. 749.

Après avoir étudié plusieurs projets de drapeau pour la Province of Québec, dont celui imaginé par Elphège Filiatrault (quatre fleurs de lys inclinés vers le centre et reposant sur un champ bleu traversé d’une croix blanche), ce dernier est retenu, mais non sans qu’il y soit apporté une légère modification: le redressement des quatre fleurs de lys.

Le 21 janvier 1948, le Premier ministre Maurice Duplessis déclare: «Le fleurdelisé flottera aujourd’hui à trois heures de l’après-midi, sur la tour centrale du Parlement. Il remplacera l’Union Jack (le drapeau anglais)»(7).

7. Le 9 mars 1950, l’Assemblée législative du Québec votait la loi du Drapeau officiel.

Le drapeau de la nation frankoise

Le drapeau frankois
Le drapeau frankois

Le drapeau de la nation frankoise est le fleurdelisé à champ bleu, divisé en quartier par une croix doré superposée sur une croix blanche. Le drapeau des Canadiens-Français, le fleurdelisé, sur lequel est apposée une croix dorée, devient le drapeau des Frankois.

Le fleurdelisé – qui n’est pas synonyme de lis blanc – consiste en quatre iris stylisés et blancs – appelés fleurs-de-lis – sur fond bleu azur, avec une large croix blanche centrale qui rejoint les bords du drapeau, et sur laquelle est superposée une croix dorée moins large.

À ce drapeau, en soi fort beau, se greffe une triple symbolique. Premièrement, la couleur bleue; un bleu azur pour penser à l’espace, un bleu lumineux pour nos ciels d’hiver qui favorise la fidélité et la stabilité.

Deuxièmement, les quatre iris stylisés et blancs – les fleurs-de-lis – qui, avec le chiffre 4 étroitement lié à la notion d’Édification dans la Création, renvoient à l’héritage français médiéval des Frankois. Ce drapeau est l’affirmation publique d’un fait: «Ce fait dont nous sommes est culturellement évident; il est aujourd’hui certain et reconnu mondialement: il existe un fait français en Amérique du Nord, qui s’appelle le Québec, avec une culture distinctive, jeune. Rien, rien au monde ne peut enlever à notre peuple sa culture, sa mentalité».(8)

8. B. LACROIX, «35e anniversaire du drapeau», dans L’Action nationale, nov. 1983, p. 206.

Et, troisièmement, la croix dorée (jaune soleil), signe d’un salut collectif à conquérir et qui, du même souffle, nous rappelle notre idéal de servir, comme peuple Appelé, le Graal. Le jaune procure assurance et donne des ailes. «Sans difficultés, rien de grand ne s’accomplit. C’est lorsque le vent souffle au plus fort que le drapeau montre ses meilleures ailes … Le drapeau appelle le vent; le vent qui l’anime et lui donne, comme on dit, de la voile»(9).

9. B. LACROIX, «35e anniversaire du drapeau», dans L’Action nationale, nov. 1983, p. 206.

Où est-il ce vent? Nous dirons qu’il est dans la Grande édition 1931 du Message du Graal d'Abdruschin, dans notre livre le plus sacré. Sans le Message du Graal, la nation et ses institutions disparaîtront. À cause de leurs multiples talents, les Frankois doivent retrouver le spirituel et le sens du sacré. Le vent de l’esprit qu’apporte la Parole de Dieu est pour nous la seule garantie de survie. Nous souhaitons à tous les Frankois un retour à nos racines, non pas religieuses catholiques, mais spirituelles conformes aux Lois de la création. Si individuellement nous y revenons, «reviendront aussi les tiges et les fleurs de notre âme nationale»(10). À la manière du père dominicain Benoît Lacroix, souhaitons que notre drapeau, le fleurdelisé à croix dorée, «demeure pour nous l’étendard du possible; non pas un suaire, encore moins un mouchoir pour nos larmes d’hier, mais un drapeau pour les chemins difficiles de l’avenir, les seuls qui soient dignes de nous».(11)

10. B. LACROIX, «35e anniversaire du drapeau», dans L’Action nationale, nov. 1983, p. 208.

11. B. LACROIX, «35e anniversaire du drapeau», dans L’Action nationale, nov. 1983, p. 206.

L’origine de la fleur-de-lis : lis ou iris?

Iris versicolore
Iris versicolore

Les éléments et les couleurs de notre drapeau sont présents en Amérique depuis 400 ans. La fleur-de-lis qui apparaît sur le drapeau du Québec est l’un des plus anciens emblèmes du monde. Trois mille ans avant notre ère, on l’utilisait déjà chez les Assyriens comme emblème ou motif décoratif. On la voit ensuite en Inde, puis en Égypte, en Grèce, à Rome et en Gaule. La fleur-de-lis a occupé une grande place dans l’ornementation en Europe, plus particulièrement dans les armoiries de la maison royale de France, symbole de grandeur et de souveraineté. C’est Charles V, le Sage (1337-1380), qui fixa en 1376 le nombre de fleur de lis à trois en l’honneur de la Sainte-Trinité. Jacques Cartier, le découvreur de la Grande vallée du Saint-Laurent (le Canada), sera le premier à introduire au nom du roi de France, François Ier, la fleur-de-lis emblématique en Amérique.

Sur l’origine de la fleur-de-lis les documents historiques et héraldiques ne permettent qu’une alternative: le fer de lance double des Franks (l’angon) ou un motif floral.

Des auteurs prétendent que la fleur-de-lis ressemble à un des bouts de l’angon des Franks, espèce de javelot ou demi-pique dont le fer est accompagné de deux crocs acérés et qui est une arme dont on se servait pour combattre de près et de loin … D’autres avancent que les fleurs-de-lis peuvent dériver des abeilles qui étaient le symbole des rois franks, en s’appuyant sur la découverte de plus de 300 abeilles d’or dans le tombeau de Childéric Ier (440-481), à Tournai (Belgique), en 1653.(12)

12. J. ROUSSEAU, «La fleur-de-lis et l’emblème floral du Québec», dans Le Cahier des Dix, nu. 31, 1966, p. 52.

Selon le botaniste étatsunien (c’est-à-dire des États-Unis d’Amérique) Harold Moldenke(13), la fleur-de-lis adoptée par Clovis Ier (465-511), roi des Franks, est l’iris germanica ou l’iris d’Allemagne, dit aussi Flamme ou Flambe, à fleurs d’un beau pourpre violet, bleuâtre ou cramoisi.

13. H. MOLDENKE, Plants of the Bible. Chronica botanica (1952).

La fleur-de-lis des armoiries de France a pu provenir de sources différentes, ou du moins se contaminer au contact d’autres types. Ce peut être le cas des fleurs-de-lis de Saint-Louis de France qui, même identifiés à l’angon des Franks, pourrait être l’aboutissement de modifications florales successives.

Dans les jardins (en France) on cultive un iris violet du plus bel effet ornemental; c’est l’iris germanica, ainsi nommé parce qu’en Allemagne, on considère sa fleur comme la fleur nationale. Chose curieuse, elle a joué autrefois en France un rôle symbolique. Il faudrait voir en elle, en effet, l’origine de la fleur-de-lis, emblème de la royauté. Au début elle s’appelait fleur-de-Louys (Louys voulant dire Louis); puis le mot est devenu fleur-de-Loys, et enfin fleur-de-Lys. Celle-ci n’est donc pas un Lis comme on pourrait le croire, d’après son nom, mais un Iris. Il est de fait que l’emblème de la royauté ressemble plus à une fleur d’Iris, vue de profil, qu’à une fleur de Lis.(14)

14. H. COUPIN, Les fleurs expliquées. Henri Coupin est un botaniste français.

Que l’on dissèque l’iris d’Allemagne (l’iris Germanica), à fleurs bleues, ou l’iris des marais (l’iris Pseudacorus), à fleurs jaunes, ou l’iris versicolore (clageux), à fleurs bleues ou mauves, panachées de jaune, nous retrouvons les mêmes caractéristiques essentielles; trois pièces latérales, également colorées, ressemblant à des pétales, mais qui en réalité sont des sépales plus développées que les pétales.

Une fleur d’Iris, vue latéralement, s’identifie exactement à la fleur-de-lis héraldique: l’élément foliacé central correspond au seul pétale visible; sur un angle donné, les deux éléments recourbés représentent les deux sépales visibles … On ne peut arriver à pareille stylisation avec le lis, à moins de fausser les données … La couleur n’apporte aucun élément décisif, dans un sens ou dans l’autre, pour l’identification de la fleur-de-lis, car à cet égard, les héraldistes jouissent de la plus entière liberté: la teinte naturelle devient secondaire et seul le symbolisme entre en jeu. Il arrive parfois qu’elle coïncide avec la réalité. Ainsi, les premières fleurs-de-lis françaises étaient d’or, l’équivalent héraldique du jaune, et les fleurs de l’iris Pseudacorus (l’iris des marais) sont jaunes. Par la suite, le motif est passé au blanc, indépendamment du prototype.(15)

15. J. ROUSSEAU, «La fleur-de-lis et l’emblème floral du Québec», dans Le Cahier des Dix, nu. 31, 1966, p. 58-59.

Que se dégage-t-il de ces considérations? Si la fleur-de-lis de notre drapeau, provenant d’armoiries de France, a eu pour prototype une fleur, l’iris a servi de modèle, car la dissection des fleurs en cause élimine le lis blanc et retient l’iris seul. La fleur-de-lis, telle qu’elle apparaît dans les armoiries de France depuis la découverte de l’Amérique et sur le drapeau du Québec (et donc aussi sur le drapeau frankois), ne peut être qu’une stylisation d’un iris, et n’a rien à voir avec le lis blanc, le Lilium candidum. Pour le frère Marie-Victorin(16) aussi, la fleur-de-lis tirait son origine d’un iris. Dans les notes consacrées aux iris dans son ouvrage Flore laurentienne (1935), il écrivait: «La fleur-de-lis héraldique est probablement l’iris, bien qu’on l’ait expliqué aussi par l’abeille et la fer de lance. Le vocable fleur-de-lis est d’ailleurs souvent appliqué en France à l’iris Pseudacorus. Ce grand iris jaune croît en abondance dans les Flandres, le long de la rivière de la Lys. En d’autres termes, fleur de lis serait l’abbréviation de fleur de la Lys».

16. Conrad Kirouac Marie-Victorin (1885-1944), connu sous le nom de frère Marie-Victorin, était frère des écoles chrétiennes et botaniste Canadien-Français de réputation internationale. Fondateur de l’Institut de botanique en 1922 et du jardin botanique de Montréal, professeur à l’Université de Montréal. Grande figure intellectuelle et politique du Québec dans les années 1930, il participe à la fondation de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences et de la Société canadienne d’histoire naturelle, ainsi qu’à l’organisation des Cercles des jeunes naturalistes.

Pour conclure, disons que la fleur-de-lis est héraldique et tire son origine de l’iris germanica (iris d'Allemagne), symbole de la royauté française, de la France de nos origines, et que nous associons maintenant ici, en Laurentie, à l'iris versicolore, notre emblème floral. Si notre emblème floral est l'iris versicolore, la fleur-de-lis, par contre, est représentée par l'iris germanica qui symbolise, sur le plan spirituel, l'esprit allemand incarné dans le peuple frankois d'Amérique du Nord.